Sur une terrasse en béton, un espacement mal calculé entre les joints peut favoriser fissures, soulèvements et dégradations prématurées. Faut-il prévoir un joint tous les deux, trois ou cinq mètres, et selon quels critères ? Dimensions de la dalle, épaisseur, exposition et règles de mise en œuvre : cet article vous aide à comprendre les distances recommandées et à éviter les erreurs courantes lors du coulage.
Quel espacement prévoir entre les joints de dilatation ?
Pour une terrasse en béton extérieure, il est courant de parler de « joints de dilatation » pour désigner l’ensemble des coupures réalisées dans la dalle. Techniquement, il faut pourtant distinguer le joint de retrait ou de fractionnement, qui maîtrise la fissuration liée au retrait du béton, du joint de dilatation, qui permet à deux parties de l’ouvrage de se déplacer indépendamment sous l’effet des variations dimensionnelles.
Pour un dallage en béton non armé soumis aux intempéries, les règles de conception retiennent comme repère un panneau dont le plus grand côté ne dépasse pas environ 5 m. Il ne faut toutefois pas comprendre cette valeur comme une distance à appliquer systématiquement à toutes les terrasses. Selon la géométrie et les contraintes de l’ouvrage, un fractionnement tous les 2,5 à 4 m peut être préférable.
Le calepinage doit notamment tenir compte :
- des dimensions totales de la terrasse ;
- de l’épaisseur et de la conception de la dalle ;
- de son armature éventuelle ;
- de son exposition au soleil et aux intempéries ;
- de la présence d’angles rentrants, poteaux, murs ou seuils ;
- de la liaison de la dalle avec les ouvrages voisins ;
- du futur revêtement.
Les panneaux obtenus doivent rester aussi réguliers que possible. Les formes proches du carré sont préférables aux bandes très longues et étroites. Pour les dallages non armés concernés par les règles du NF DTU 13.3, le rapport entre les côtés d’un panneau doit en principe rester compris entre 1 et 1,5, hors situations particulières en périphérie.
Ainsi, une terrasse de 4 × 8 m ne devrait généralement pas être laissée en une seule surface continue. Un joint transversal permettant d’obtenir deux panneaux de 4 × 4 m constitue une disposition beaucoup plus favorable.
Faut-il prévoir un joint tous les 2, 3 ou 5 mètres ?
Il n’existe pas une distance unique valable dans tous les cas.
Un espacement de 2 à 3 m peut se justifier pour une dalle relativement mince, fortement exposée, comportant des contraintes géométriques ou des points singuliers. Un intervalle de 3 à 4 m constitue souvent un fractionnement prudent pour une terrasse résidentielle courante.
La valeur d’environ 5 m correspond davantage à une limite de dimensionnement qu’à un objectif à atteindre systématiquement pour une terrasse extérieure en béton non armé. Chercher à supprimer des joints pour des raisons esthétiques augmente le risque que le béton crée lui-même ses propres lignes de fissuration.
Joint de dilatation dalle béton 10 cm : quelles règles ?
Une dalle de 10 cm d’épaisseur est fréquemment rencontrée pour de petites terrasses piétonnes, mais cette épaisseur ne suffit pas, à elle seule, pour déterminer l’espacement des joints. Le support, les charges, la qualité du béton, les armatures et les conditions d’exposition doivent également être pris en compte.
Il faut par ailleurs rester prudent avec la valeur de 10 cm : lorsqu’un ouvrage relève du NF DTU 13.3 applicable aux dallages de maisons individuelles, l’épaisseur nominale minimale prévue est de 12 cm. Une terrasse extérieure n’entre pas nécessairement dans ce cas de figure selon sa conception et sa relation avec le bâtiment. L’épaisseur doit donc être définie en fonction de l’ouvrage concerné et non à partir d’une règle universelle.
Pour une dalle d’environ 10 cm réalisée dans le cadre d’une terrasse courante, fractionner la surface en panneaux de l’ordre de 3 à 4 m de côté au maximum constitue souvent une approche prudente, en particulier lorsque la dalle est très exposée au soleil. Des panneaux plus petits peuvent être nécessaires en présence d’une géométrie complexe.
Il faut également prévoir des joints ou une désolidarisation au droit des éléments susceptibles d’empêcher les mouvements naturels du béton : façade, poteaux, marches, murets, regards ou autres ouvrages rigides.
L’épaisseur de la dalle ne doit donc jamais être utilisée comme seul critère. Une dalle plus épaisse ne permet pas automatiquement d’espacer davantage les joints.
Pourquoi installer des joints sur une terrasse béton ?
Le béton évolue dès les premières heures suivant sa mise en œuvre. En séchant, il subit notamment un retrait, c’est-à-dire une légère réduction de ses dimensions. Sur une grande surface continue, ce mouvement est contrarié par le support, les armatures ou les éléments auxquels la dalle est liée.
Les contraintes qui apparaissent peuvent alors dépasser la résistance en traction du béton. Une fissure se forme pour libérer ces tensions.
Un joint de retrait crée volontairement une zone de faiblesse à un emplacement déterminé. Lorsque le béton travaille, la fissuration se concentre préférentiellement dans cette ligne plutôt que de traverser aléatoirement la terrasse.
Les variations de température constituent une autre contrainte importante en extérieur. Une terrasse exposée au soleil peut connaître d’importants écarts de température entre une journée estivale et une nuit froide, mais aussi entre l’été et l’hiver. Le béton se dilate lorsqu’il chauffe et se contracte lorsqu’il refroidit.
Les joints remplissent ainsi plusieurs fonctions :
- maîtriser la fissuration due au retrait ;
- autoriser certains mouvements thermiques ;
- désolidariser la dalle des éléments fixes ;
- séparer des zones présentant des comportements différents ;
- faciliter certaines reprises de bétonnage.
Ils ne permettent toutefois pas de garantir une terrasse totalement dépourvue de fissures. Leur rôle consiste surtout à maîtriser leur apparition et leur emplacement.
Comment calculer la distance entre deux joints ?
Le calcul de l’espacement doit commencer par le plan de la terrasse plutôt que par l’application automatique d’une distance donnée.
Déterminer les dimensions des panneaux
Pour un dallage extérieur en béton non armé soumis aux intempéries relevant des règles correspondantes, le plus grand côté d’un panneau est limité à environ 5 m, avec les tolérances prévues par le référentiel applicable.
Mais une bonne conception consiste également à rechercher des panneaux compacts et équilibrés.
Prenons une terrasse rectangulaire de 4 × 9 m. Réaliser uniquement un joint au milieu donnerait deux panneaux de 4 × 4,5 m, ce qui constitue une géométrie cohérente. Pour une terrasse de 3 × 12 m, en revanche, un seul joint au milieu donnerait des panneaux de 3 × 6 m, beaucoup trop allongés. Plusieurs fractionnements transversaux permettent d’obtenir des panneaux mieux proportionnés.
Repérer les points singuliers
Le calepinage doit ensuite être adapté aux zones où les contraintes ont tendance à se concentrer. C’est particulièrement important autour :
- des angles rentrants ;
- des poteaux ;
- des réservations et regards ;
- des changements de largeur ;
- des marches ;
- des seuils ;
- des raccordements avec d’autres ouvrages.
Un angle rentrant est particulièrement sensible. Une terrasse en forme de L, par exemple, ne doit pas être traitée exactement comme un simple rectangle. Un joint placé dans le prolongement de l’angle peut permettre de réduire fortement le risque de fissure diagonale partant de ce point.
Tenir compte de la liaison avec les autres ouvrages
Une dalle libre de se déformer ne travaille pas comme une dalle bloquée contre un mur ou solidarisée avec une structure existante. Lorsqu’un panneau est contraint sur l’un de ses côtés, les mouvements liés au retrait et aux changements de température deviennent plus difficiles.
Il peut alors être nécessaire de rapprocher les joints ou de réaliser une véritable désolidarisation.
Le plan des joints doit donc être défini avant le coulage, en même temps que le coffrage, les niveaux, les pentes et les éventuelles armatures.
Quels types de joints pour une dalle extérieure ?
Tous les joints d’une terrasse en béton n’ont pas le même rôle. Employer le bon dispositif au bon endroit est aussi important que choisir son espacement.
Le joint de retrait ou de fractionnement
C’est généralement le joint le plus fréquemment rencontré sur une grande terrasse.
Il crée une ligne de faiblesse afin que le retrait du béton provoque une fissuration contrôlée. Il peut notamment être obtenu par sciage après le coulage ou grâce à un dispositif incorporé lors de la mise en œuvre.
Contrairement à un véritable joint de dilatation, il ne sépare pas nécessairement la dalle sur toute son épaisseur.
Le joint de dilatation
Le joint de dilatation constitue une séparation complète entre deux parties du dallage. Il traverse l’épaisseur de l’ouvrage et laisse un espace permettant les mouvements relatifs.
Il est notamment pertinent lorsque les variations dimensionnelles doivent pouvoir s’effectuer sans créer de poussée importante entre deux zones de béton.
Son ouverture et sa conception doivent correspondre aux déplacements prévisibles de l’ouvrage. Il ne s’agit donc pas simplement d’une rainure réalisée en surface.
Le joint d’isolement ou de désolidarisation
Ce joint sépare la dalle d’un élément fixe : mur de façade, poteau, massif, escalier ou autre ouvrage.
Une bande compressible est généralement disposée entre les deux éléments avant le bétonnage. La dalle peut ainsi se rétracter ou se dilater sans transmettre directement tous ses efforts à la structure voisine.
Sur une terrasse attenante à une maison, cette désolidarisation est particulièrement importante pour éviter qu’un mouvement de la dalle ne sollicite inutilement la façade.
Le joint de construction
Il correspond à un arrêt de bétonnage lorsque toute la dalle ne peut pas être coulée en une seule opération. Dans la mesure du possible, son emplacement doit être prévu dès la conception et coïncider avec le calepinage des autres joints.
Une reprise de bétonnage improvisée au milieu d’un panneau peut créer une zone fragile et compliquer le comportement futur de la terrasse.
Comment réaliser correctement un joint de dilatation ?
La réussite des joints commence avant le coulage. Leur emplacement doit être reporté précisément sur le plan de la terrasse afin d’éviter les panneaux disproportionnés et de traiter correctement les points singuliers.
Pour un véritable joint de dilatation ou d’isolement, un matériau compressible adapté est installé afin de conserver un espace entre les parties de béton. Le joint doit permettre le mouvement recherché sans se remplir de matériaux rigides qui bloqueraient ensuite son fonctionnement.
Pour un joint de retrait scié, l’intervention doit être réalisée suffisamment tôt après le coulage. Le béton doit être assez dur pour que le sciage n’arrache pas les bords, mais l’opération ne doit pas être retardée jusqu’à ce que des fissures spontanées aient déjà commencé à apparaître.
La profondeur du sciage doit également être suffisante pour créer une réelle amorce de fissuration. Une simple rainure superficielle destinée uniquement à dessiner une ligne dans le béton n’assure pas correctement cette fonction.
Enfin, le traitement de surface doit respecter le mouvement du joint. Si la terrasse reçoit ensuite un carrelage, des dalles collées ou un autre revêtement rigide, il ne faut pas recouvrir sans précaution un joint structurel ou un joint de fractionnement. Le mouvement de la dalle pourrait alors se transmettre au revêtement et provoquer fissures ou décollements.
La bonne méthode consiste donc à raisonner en trois étapes : dimensionner la dalle, calepiner les panneaux avant le coulage et choisir le type de joint correspondant à chaque contrainte. Sur une terrasse extérieure classique, retenir systématiquement « un joint tous les 5 mètres » est trop approximatif. La géométrie de l’ouvrage, son exposition et ses liaisons avec le bâtiment peuvent conduire à rapprocher nettement les fractionnements.









